Test Blu-ray : L’Enfant de Satan

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L’Enfant de Satan

Italie : 1982
Titre original : La Bimba di Satana
Réalisation : Mario Bianchi
Scénario : Gabriele Crisanti, Piero Regnoli
Acteurs : Jacqueline Dupré, Mariangela Giordano, Aldo Sambrell
Éditeur : Le Chat qui fume
Genre : Horreur
Durée : 1h14
Date de sortie DVD/BR : 30 juin 2024

Au début des années 1980, dans la province de l’Aquila en Italie – La famille Aguilar, demeurant dans un château fort surplombant une colline, est en deuil. Maria, la mère de famille, vient de succomber à une mystérieuse maladie, au grand désespoir de son mari Antonio, de sa fille Miria et de son beau-frère Ignazio, muet et paraplégique. Très vite, d’étranges événements surviennent dans la demeure, affectant aussi bien la famille que les autres habitants des lieux : Isidro, le domestique, et Sol, une religieuse. Il semblerait que le corps de Maria ait été possédé par une force qui n’en a pas encore fini. Et, en effet, les événements qui vont suivre sont indéniables : Satan l’habite !

Le film

[3/5]

Mêlant allégrement horreur et érotisme, l’intrigue de L’Enfant de Satan commence en nous présentant Miria (Jacqueline Dupré dans son unique rôle au cinéma), une jeune femme qui vient de perdre sa mère Maria (Marian Hedman). Pendant la veillée funèbre, le cadavre se redresse, ouvre la bouche et fixe intensément sa fille. Flippant, non ? Non, tout à fait normal, nous dit le médecin de famille le Dr. Juan (Giancarlo Del Duca), rassurez-vous, Maria est bien morte, c’est juste un spasme musculaire. Allez, hop-hop-hop, au lit : Miria est prise en charge par Sol (Mariangela Giordano), une bonne sœur faisant également office de gouvernante, qui après avoir mis sa protégée au pieu, se rend également dans sa chambre, retire ses bas blancs et s’allonge afin de passer une bonne nuit réparatrice à se masturber, en laissant la porte entrouverte pour qu’Ignazio, l’oncle de Miria, muet et paralysé (Alfonso Gaita), puisse profiter un peu du spectacle. Il faut bien qu’il trouve un peu de réconfort, ce pauvre Ignazio, parce que quand il ne mate pas la bonne sœur se chatouiller le trilili, il est maltraité par son frère, le sadique Antonio (Aldo Sambrell).

Voilà grosso modo pour le contexte de départ de L’Enfant de Satan. Mais bien que Maria repose dans la crypte au sous-sol du château, elle va entreprendre de posséder sa fille Miria, afin de séduire et d’assassiner tous ceux à qui elle en voulait. On notera que la liste des ennemis de Maria est longue, et inclut pour ainsi dire tout le casting du film, sauf sa fille. Il y a donc le Dr. Juan, qui prescrit illégalement de la drogue à son mari et veut faire enfermer Miria dans un asile, Antonio, le patriarche totalement tyrannique, le majordome / exorciste et sacrifieur de poulets Isidro (Giuseppe Carbone), la bonne sœur Sol… Tous seront les victimes de cette vengeance d’outre-tombe. Enfin, d’outre-tombe, si l’on peut dire, puisque Maria n’est pas enterrée, elle est juste là, quasi-nue sur une dalle de pierre dans une crypte aux allures de donjon, et qui sera le prétexte afin de nous balancer une momie-zombie qui n’a vraiment pas sa place dans le film, mais qui est plutôt fun. Par ailleurs, on notera bien entendu qu’avant chaque meurtre, notre Miria possédée se la jouera totale nympho, ce qui proposera un bon équilibre entre les scènes effrayantes (20%) et la nudité gratuite (80%).

Bien entendu, il y a des chances que ce synopsis vous semble familier, et c’est normal : on est clairement en présence d’un remake de Malabimba, réalisé trois ans plus tôt par Andrea Bianchi. Malgré ce que l’on pourrait penser, le réalisateur de L’Enfant de Satan Mario Bianchi n’est pas le frère d’Andrea ; en revanche, le scénariste Piero Regnoli est le même, et le producteur Gabriele Crisanti est bel et bien à l’œuvre sur les deux films. Spécialiste du mélange sexe/horreur, Crisanti avait réussi son coup avec Malabimba, qui avait énormément fait parler de lui grâce à ses scènes de sexe non simulées, et avec L’Enfant de Satan, sa cible était en réalité le marché du porno, alors en plein essor. La présence au générique de Mariangela Giordano permettait de créer une passerelle avec Malabimba, mais l’élément le plus révélateur quant à l’objectif réel de Gabriele Crisanti était surtout la présence au casting de véritables actrices et acteurs porno, à l’image de Marina Hedman ou d’Alfonso Gaita, qui remplacerait au pied levé – et la bite dressée – des acteurs non « spécialisés » comme Aldo Sambrell pour les gros plans explicites. Tel qu’on le découvre aujourd’hui, le film dure 1h14, mais sa version « hard » (sortie en DVD il y a presque vingt ans) durait presque 18 minutes de plus.

D’ailleurs, il faut croire que la tournure des événements sur le tournage a bien plu à Mario Bianchi : celui qui réalisait alors L’Enfant de Satan sous le pseudonyme d’Alan W. Cools (un pseudo presque aussi génial que McLovin !) ne tarderait en effet pas à se tourner totalement vers l’industrie du X. Coïncidence amusante : le réalisateur de Malabimba Andrea Bianchi finirait également sa carrière en filmant des culs et des bites dans le petit monde du film pour grands garçons. Mais revenons au film si vous le voulez bien : 74 minutes, pas beaucoup d’action, mais une belle générosité à nous proposer Miria et Sol à divers degrés de nudité, ainsi qu’une poignée de scènes de meurtre volontiers étranges et plutôt élégamment mises en scène. Et disons qu’il y a au cœur du film suffisamment de nudité gratuite pour combler les nombreuses lacunes de l’intrigue : au-delà de l’histoire de vengeance par possession, le scénario consiste surtout à enchaîner les prétextes pour mettre les actrices à poil.

En effet, toutes les actrices de L’Enfant de Satan terminent nues à un moment de l’intrigue ou à un autre. De fait, chaque scène ou presque redouble d’inventivité pour nous donner à voir une femme à poil, et le scénario tend parfois à développer une logique un peu étrange. Reprenons l’exemple que l’on citait dans le premier paragraphe : Sol, la bonne sœur, se prépare à aller au lit. Comme la plupart des religieuses, elle se masturbe pour dormir, soit. Ignazio, dans son fauteuil roulant, joue les voyeurs, mais sera bientôt surpris par Antonio. Vous pensiez qu’il allait réprimander son frère pour avoir espionné la nonne ? Manqué – au contraire, le grand frère engueule la bonne sœur, l’accusant d’avoir excité Ignazio. Ce niveau de boule chiite, le scénar de Piero Regnoli, que l’on imagine largement remanié par Gabriele Crisanti, en est blindé comme un gros sac à merde, mais franchement, le spectacle reste le plus souvent plaisant, et même assez attachant dans son genre : le jeu grotesque des acteurs, l’absence d’intrigue et la folie douce du film font partie de son charme. On soulignera également la classe de la musique psychédélique de Nico Catanese.

Par ailleurs, et pour terminer, vu le niveau de WTF global de l’entreprise, le fait que le film s’appelle L’Enfant de Satan (La Bimba di Satana en VO) et qu’il ne mette jamais en scène ni le fils du Diable, ni même une femme engrossée par Satan ne surprendra plus personne. D’ailleurs, s’il fallait voir un démon dans le film, il s’appellerait davantage Boulzebith que Belzebuth… Pour le coup, on suppose que le producteur Gabriele Crisanti souhaitait surfer sur le succès des films en mode « Ave Satani », tels que Rosemary’s Baby (1968), L’Exorciste (1973), La Malédiction (1976), Le Cercle infernal (1977), La Sentinelle des Maudits (1977), Holocaust 2000 (1977) et, surtout, Prophecy : Le Monstre (1979) et L’Enfant du Diable (1980). Mais que les cinéphiles déviants se rassurent : L’Enfant de Satan comporte plus de femmes à poil que tous ces films réunis !

Le Blu-ray

[4/5]

Depuis une dizaine d’années qu’on le suit, article après article, Le Chat qui fume nous a toujours habitué à une véritable excellence en matière d’édition vidéo. Dans l’absolu, on ne voit pas dans quelle mesure L’Enfant de Satan pourrait déroger à la règle : même s’il n’est certes pas proposé dans le traditionnel Digipack trois volets des débuts, le film de Mario Bianchi s’offre tout de même une bien belle édition en boîtier Scanavo, dont le visuel a été créé exclusivement pour cette édition par le talentueux Frhead Domont. On notera donc comme d’habitude la classe de cette présentation, et on tirera notre chat-peau à l’éditeur, d’autant que côté master, Le Chat qui fume nous propose une copie très solide, respectueuse du grain d’origine, avec un ensemble ne manquant ni de précision, ni de piqué. Les couleurs sont fidèles à la photo de Franco Villa, les contrastes soignés, l’encodage sans faille. La copie est proposée au format 1.66 respecté, et l’ensemble nous est présenté dans un master propre. Côté son, nous avons droit à un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 en VO italienne, qui s’avère d’une belle clarté, sans souffle ni craquements disgracieux.

Dans la section suppléments, Le Chat qui fume nous a réservé un entretien avec le réalisateur Mario Bianchi, l’actrice Mariangela Giordano et le directeur photo Franco Villa (27 minutes). Il s’agit d’entretiens croisés, qui prendront soin de replacer le tournage de L’Enfant de Satan dans leurs carrières respectives, avant d’aborder le film plus en profondeur. C’est le cas de le dire d’ailleurs, puisque les trois intervenants reviendront sur la filiation entre le film et Malabimba, les conditions de tournage assez difficiles, et bien entendu, les inserts pornographiques, qu’ils rejettent tous trois avec véhémence. Pour vous procurer cette édition Blu-ray de L’Enfant de Satan, rendez-vous sur le site de l’éditeur Le Chat qui fume !

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