Test Blu-ray : Diamant brut

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Diamant brut

France : 2024
Titre original : –
Réalisation : Agathe Riedinger
Scénario : Agathe Riedinger
Interprètes : Malou Khebizi, Idir Azougli, Andréa Bescond
Éditeur : Pyramide Vidéo
Durée : 1h44
Genre : drame
Date de sortie cinéma : 20 novembre 2024
Date de sortie Blu-ray et DVD : 1er avril 2025

Liane, 19 ans, téméraire et incandescente, vit avec sa mère et sa petite sœur sous le soleil poussiéreux de Fréjus. Obsédée par la beauté et le besoin de devenir quelqu’un, elle voit en la télé-réalité la possibilité d’être aimée. Le destin semble enfin lui sourire lorsqu’elle passe un casting pour « Miracle Island ».

Le film

[3/5]

L’an dernier, on pouvait se montrer surpris de découvrir Diamant brut dans la liste des films en compétition pour la Palme d’or au Festival de Cannes : pensez donc, tout d’abord, un premier long métrage, ensuite, un film ayant comme thème la téléréalité, enfin, un film sans aucun interprète de grande notoriété au générique ! Ce film d’Agathe Riedinger est reparti bredouille de Cannes mais il a ensuite fait l’objet d’une nomination aux Césars 2025 dans la catégorie du meilleur premier film. C’est auprès de Liane, une jeune fille de 19 ans habitant chez sa mère à Fréjus, que nous conduit la réalisatrice. Père absent, mal aimée par sa mère, Liane, accro aux émissions de téléréalité et bonne cliente des influenceurs et des influenceuses qu’on peut trouver sur le web, rêve de plaire, ou même de déplaire, mais, en tout cas, de devenir « quelqu’un », d’être une personne dont on parle, une personne qui fait le buzz, une personne ayant un nombre important de followers. Son rêve ultime : devenir une star de la téléréalité, et ce rêve est sur le point, peut-être, de se réaliser : une directrice de casting a vu une vidéo d’elle la mettant en scène, elle l’a convoquée, elle lui a dit qu’elle la trouvait parfaite pour intégrer la 9ème saison de « Miracle Island », qu’elle allait appuyer sa candidature auprès de la production et qu’elle la rappellerait pour la tenir au courant de la suite des évènements. L’attente de ce coup de téléphone par Liane va devenir le fil conducteur du film, et, petit à petit, nous allons découvrir ce qu’est le monde ce cette jeune fille, de c’est qu’est le monde de nombreux jeunes qui, souvent, ont coupé les ponts avec l’école, avec leurs parents, avec la société. Pour les garçons, ce sont souvent l’utilisation de deux roues à moteur et des dragues, ni tendres, ni sentimentales, qui occupent leurs journées. Pour les filles, cela tourne autour de ce qui est censé toucher à la beauté, qu’elle soit vestimentaire ou via l’utilisation de produits cosmétiques, voire de tatouages.

Très habilement, Agathe Riedinger ne porte pas de jugement sur la personne de Liane : cette jeune habitante de Fréjus est juste montrée comme étant une « cagole » parmi d’autres cagoles, intérieurement fragile tout en donnant l’impression d’une grande force à son entourage. On ressent son mal-être, on la trouve pathétique mais on arrive à s’attacher à elle et on se met à espérer qu’une réponse positive provienne de la production de « Miracle Island ». Qu’elle puisse participer ou non à cette émission, on se demande aussi ce qu’elle deviendra plus tard, avec son si faible niveau de culture générale (A ce sujet, on est très surpris de l’entendre chanter en italien « Passacaglia Della Vita », un morceau de musique écrit par Stefano Landi, un musicien italien du début du … 17ème siècle, très éloigné du rap, de l’électro et du R’n’B, les autres genres de musiques qu’on entend dans le film).  Elle se voit devenir influenceuse ou actrice : ce rêve peut-il devenir réalité ?

Pour interpréter le rôle de Liane, Agathe Riedinger recherchait une jeune fille d’une vingtaine d’années habitant dans le sud de la France et qui ne soit pas une actrice professionnelle. A l’issue d’un long casting sauvage, son choix s’est portée sur Malou Khebizi, originaire des Bouches-du-Rhône. Dans la vraie vie, Malou n’a pas les mêmes codes de beauté que le personnage qu’elle incarne, mais la préparation faite en amont du tournage lui a permis de comprendre ces « codes inconnus » puis de les intégrer avec beaucoup de justesse dans son jeu.  Avec une délicatesse certaine, la réalisatrice montre le culte de la futilité et le niveau d’abaissement intellectuel qui, en plus des cultures de l’hyper sexualisation, du clash et d’un consumérisme poussé à l’extrême, règnent dans ce milieu de la télé réalité. Ne soyons pas naïf : cette recherche de l’abaissement intellectuel du plus grand nombre d’individus est une sorte de crime commis avec préméditation dans le but de profiter à certains. Qui sont ces « certains » ? Des politiques ? Des groupes industriels ? On regrette que Agathe Riedinger reste muette quant à la question de savoir à qui le crime profite. Ou alors, peut-être faut il voir une piste dans le fait que Diamant brut a été tourné à Fréjus, une ville tenue par l’extrême-droite depuis plus de 10 ans et dont on découvre l’état d’abandon des quartiers que sillonne Liane. On se souvient de la formule lancée il y a une vingtaine d’années par Patrick Le Lay, qui était alors le PDG de TF1 : le métier de TF1, c’est de vendre “du temps de cerveau humain disponible” à Coca-Cola. Les crimes commis par la télé réalité sont ils de ce niveau ou plus graves encore ?

Le Blu-ray

[4/5]

 L’image de Diamant brut n’est pas particulièrement léchée. Ce n’est donc pas le fait du transfert sur Blu-ray  si vous lui trouvez une certaine âpreté. C’est ce que recherchaient la réalisatrice et Noé Bach, son Directeur de la photographie : « célébrer ce qu’on juge de mauvais goût comme quelque chose de beau et de touchant » ! Quant au choix du format 4/3, format qui a le don d’énerver certains spectateurs, il n’est absolument pas gratuit : la réalisatrice y voyait une façon de beaucoup mieux travailler le hors-champ, de renforcer l’idée d’enfermement dans lequel vit Liane et de faire que notre regard soit vraiment focalisé sur elle. Le son est disponible en 2.0 et en 5.1 et le film peut être vu sans sous-titrage, avec un sous-titrage pour sourds ou malentendants ou avec un sous-titrage en anglais. Enfin, une audiodescription est également disponible.

Pour les 2 formats, Blu-ray et DVD, Pyramide Vidéo propose 3 suppléments au film, 2 d’entre eux étant particulièrement intéressants. Le premier est un entretien de 27 minutes avec Agathe Riedinger, la réalisatrice du film. Un entretien au cours duquel elle nous fait part de son rapport avec la téléréalité, de sa recherche de l’ « oiseau rare » pour interpréter le rôle de Diane, des raisons de son choix du format 4/3. Elle en profite aussi pour glisser que son film n’est pas à charge contre les hommes et pour insister sur la souffrance que, souvent, la recherche de la beauté impose au corps. Les 2 autres suppléments sont des court-métrages réalisés par Agathe Riedinger. J’attends Jupiter, tourné en 2017 sur la rive sud de l’Etang de Berre et d’une durée de 22 minutes, peut être considéré comme le brouillon de Diamant brut, avec une différence majeure : le format scope au lieu du 4/3. Eve, d’une durée de 7 minutes et tourné en 2018, souffre d’une voix off omniprésente et s’avère plus anecdotique même si il se réfère à « Caligula », la pièce d’Albert Camus.

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